Mal classée pour ses finances, La Chaux-de-Fonds s'explique
07.02.2012 - Montagnes neuchâteloises
La Métropole horlogère et Bienne en queue de peloton.
Chaque année, l'Idheap publie un comparatif des finances publiques en Suisse. Cette étude prend en compte huit indicateurs particuliers. Quatre d'entre eux portent sur la santé financière des collectivités, quatre sur la qualité de la gestion financière. Dans son numéro de février le mensuel "PME Magazine" a publié un article basé sur cette étude. Pour faciliter la comparaison, le magazine a traduit en notes les données brutes fournies par l'institut universitaire. De cette présentation, il ressort que La Chaux-de-Fonds et Bienne sont "en queue de peloton". Sur un maximum de 6, La Chaux-de-Fonds atteint la note de 3,7, Bienne de 3,27. Peu l'ont relevé, mais Zurich n'atteint pas non plus la "moyenne" scolaire de 4, avec 3,97. La Ville de Neuchâtel, elle se place dans le haut du classement, avec sa note globale de 5,33.
Nommément cité, comme ses collègues d'autres communes, l'argentier de la Ville de La Chaux-de-Fonds, Pierre-André Monnard, ne s'offusque pas d'être montré du doigt. Il est même allé donner la réplique, la semaine dernière à la radio romande, à l'argentière de la Ville de Genève, Sandrine Salerno, star du jour avec son 5,82.
Pierre-André Monnard fait tout d'abord remarquer que la note globale de La Chaux-de-Fonds résulte de deux séries de paramètres. La Chaux-de-Fonds n'a pas à rougir de l'examen de sa gestion financière. Pour les quatre indicateurs de ce critère, elle obtient même de bonnes notes: 6 (le maximum) pour la maîtrise des dépenses courantes, 4 pour l'exactitude de la prévision fiscale, 5,52 pour l'intérêt moyen de la dette. Seul l'effort d'investissement (3,14) fait baisser la moyenne de ce chapitre gestion (4,83). On le voit, "pour ce qui est de ce qui dépend directement de nous, la ville est gérée de façon optimum par rapport aux éléments sur lesquels nous avons une influence."
Pierre-André Monnard le reconnaît: "Selon les indicateurs pris en compte, La Chaux-de-Fonds investit beaucoup, trop peuvent estimer certains." Mais la politique d'investissement volontariste de la Ville, il l'assume: "Sans investissements, nous ne pouvons espérer de retour sur investissement." Il cite le futur quartier Le Corbusier et le Crêt-du-Locle: "Pour attirer de nouveaux contribuables et de nouvelles entreprises, il faut bien offrir quelque chose." Cette politique d'investissement musclée, qui résulte d'une volonté politique approuvée par le législatif, a une influence importante sur le résultat de l'étude. "Si on se focalise sur le résultat, sans expliquer qu'il trouve son origine dans une volonté politique, cela fausse complètement la réception d'un tel exercice de comparaison, fort utile au demeurant."
Il remarque aussi que les notes attribuées par le magazine faussent la perspective. "Par exemple, la bonne gestion idéale c'est d'atteindre le 100% de couverture des charges. Tout écart par rapport à cet idéal, que ce soit vers le haut ou vers le bas, est un écart à la saine gestion idéale. Or Genève, qui est à 108,4% perd 0,7 point sur son échelle de 6. Tandis que La Chaux-de-Fonds, avec 98,7 paie cet écart de 1,3 par rapport à 100 avec une note de 4,81, soit 1,2 point sur cette échelle de 6."
L'étude montre que la Ville a utilisé l'argent obtenu suite à la vente de bâtiments (Hôpital et Cifom) pour investir plutôt que pour réduire sa dette. "Mais nous avons utilisé cet argent pour investir, ce qui nous a permis de ne pas augmenter les emprunts. Et rembourser prématurément des emprunts chers nous aurait valu de fortes pénalités bancaires."
Reste que l'étude de l'Idheap et sa présentation médiatique ont déjà eu un effet négatif: "Une banque nous a déjà avertis qu'elle pourrait revoir à la hausse le taux de futurs emprunts si ses propres analyses confirmaient les propos de "PME Magazine."
Un avertissement qui laisse de marbre l'argentier de la Ville: "Le cas échéant, nous ne travaillerons plus avec cette banque. Nous cherchons et chercherons toujours celles qui nous offrent les meilleures conditions."
Pour autant que les autres ne promettent pas pire...
RAPPEL DES FAITS
Il y a quelques jours, divers médias se sont fait l'écho d'un article de "PME Magazine" sur "la gestion des finances publiques". Sur la base des chiffres livrés par l'Institut des hautes études en administration publique (Idheap), le magazine a classé la Ville de La Chaux-de-Fonds avant-dernière, avec une note de 3,7 sur 6. Les explications de l'argentier communal, Pierre-André Monnard.
Les notes ne sont pas de l'institut universitaire
Coauteur de l'étude sur les finances publiques, le professeur Nils Soguel précise les buts que poursuit l'Iheap et prend ses distances avec les interprétations et les présentations qui en sont faites.
"L'article de "PME Magazine", a-t-il répondu dans un courrier électronique qu'il nous a envoyé hier en réponse à nos questions, "est certes basé sur des statistiques que nous élaborons [...]. A partir de ces données, PME Magazine attribue des notes et classe les collectivités. Par conséquent, c'est le classement de PME Magazine et ce n'est pas le classement de l'Idheap."
Il précise cependant: "Nous devons tous nous habituer à nous comparer. La comparaison doit être vue comme un élément d'apprentissage et d'amélioration. Mais il est vrai que lorsque le message est "bonnet d'âne" contre "couronne de lauriers", il est difficile de tirer profit et utilité d'un exercice de comparaison. La comparaison ne doit pas être vue comme une stigmatisation."
Le travail de l'Idheap permet de mieux comprendre la situation financière d'une collectivité, qui ne se laisse pas observer à travers son budget et ses comptes. Il permet ensuite de comparer la situation financière de ces collectivités entre elles. LBY
COMMENTAIRE LEO BYSAETH
La maladie de la compétition
De tout temps, la science est le jouet de ses interprètes. La science économique ne fait pas exception. Aussi nous empressons-nous, lorsque nous avons des chiffres sous les yeux, d'en tirer des conclusions qui puissent pénétrer le cerveau contemporain moyen.
La norme, c'est la compétition. Donc, sur la base d'une comparaison technique, nous classons et trions bons et mauvais gestionnaires. Il faut des perdants et des gagnants, des coupables et des héros. On porte aux nues une Sandrine Salerno (Genève superstar) et on montre du doigt un Pierre-André Monnard (houuu!).
Comme si les élus avaient à eux seuls la maîtrise des finances publiques, alors qu'elles sont en grande partie dictées par des lois et grevées de charges incompressibles. Ainsi va le monde de la compétition globalisée où les choix démocratiques n'ont plus droit de cité. Jusqu'au jour où les bons élèves des financiers se casseront la figure, les yeux rivés sur leurs courbes, pour n'avoir pas su parier sur l'avenir.
Par LEO BYSAETH