La traque aux déchets clandestins

Publié le par pam

28.02.2012 - Montagnes neuchâteloises
 

La traque aux déchets clandestins
 

La voirie et la sécurité publique surveilleront les écopoints que certains habitants prennent pour des décharges, car la Ville en a marre.


"C'est pas possible! On est le quartier le plus sale!" Habitante du quartier de Numaga, aux Forges, cette habitante âgée est excédée. Hier après-midi, comme tous les lundis depuis l'introduction de la taxe au sac, les conteneurs enterrés de l'écopoint situé à l'angle Numa-Droz - Forges - Abraham-Louis-Breguet disparaissent littéralement sous un amoncellement de détritus. "Ce ne sont pas des gens du quartier", poursuit la dame. "J'ai vu un Vaudois, un Bernois. Faut leur mettre des amendes!"

Des gens d'ailleurs, certes. Mais la grande majorité vivent en ville. C'est ce qu'a révélé la fouille minutieuse entreprise hier par trois agents du Service du domaine public et l'employé de la voirie assermenté qui les accompagnait.

A malin, malin et demi...

Un agent sort un par un les journaux et vieux papiers qui remplissent un sac de grande surface. "Regardez, il a déchiré son adresse." Un malin, celui-là. Sauf que dans le paquet, il y a un catalogue VAC. Bingo! L'adresse y est. Pascal Schaffter, responsable mobilité et stationnement au SDP, envoie le papier dénonciateur rejoindre les autres dans sa poche. En une heure, une trentaine de noms sont ainsi débusqués. Tous ces gens seront contactés. On leur expliquera le topo: avertissement, dénonciation au Ministère public en cas de récidive. Avec à la clé une facture salée: 200 francs + 60 fr. de frais en cas de non-acquittement dans les 10 jours. "C'est le coût moyen de deux ans de sacs-poubelles taxés pour un foyer de deux personnes", fait remarquer Joseph Mucaria, voyer-chef de la Ville.

Il n'en revient pas de l'imagination et du soin que déploient certains habitants pour échapper à la taxe au sac. "Une personne est allée jusqu'à vider un sac taxé pour se l'approprier et a transféré les ordures "légales" dans un sac noir. Nous avons contacté le "contrevenant", qui nous a juré avoir utilisé un sac taxé." A s'arracher les cheveux!

Des plaisantins ont aussi cru intelligent d'emballer d'un vieux sac noir leur sac taxé. "Là, c'est juste pour enquiquiner", sourit le voyer-chef, mi-figue mi-raisin.

Cinq emplacements de conteneurs enterrés subissent, depuis le début de l'année, les assauts de hooligans des déchets qui sont en réalité des citoyens lambdas, pas forcément conscients de commettre un délit. Ces emplacements "noirs" sont ceux de la place du Marché, de la place de la Carmagnole, de Numaga, des Entilles et du Marais.

Joseph Mucaria explique le mécanisme, plus complexe qu'il n'y paraît. Les conteneurs situés à ces emplacements se remplissent à une vitesse folle. Ainsi, celui de Numaga, qui débordait hier après-midi, avait été vidé vendredi à 15h et débarrassé, samedi et dimanche des déchets qui débordaient. Ceci pour répondre à ceux qui disent que la voirie n'en fiche pas une.

"Les gens viennent de partout pour déposer leurs déchets ici, alors qu'ils ont encore un ramassage porte-à-porte dans leur quartier." Or, un écopoint a été calculé pour satisfaire aux besoins de 250 ménages. Le voyer-chef le répète: partout où subsiste le ramassage porte-à-porte, les habitants ne doivent pas faire du tourisme avec leurs déchets. Ce qui est fâcheux, c'est que les braves gens du quartier qui déposeront leurs sacs taxés en dehors du conteneur seront aussi poursuivis. Injuste? "Oui, mais si on admet que des sacs, taxés ou pas, soient mis hors des conteneurs, on ne s'en sortira jamais!" Cela "montre aussi que l'on doit accélérer la pose des conteneurs enterrés (réd.: dont il est prévu d'équiper la ville jusqu'en 2015)", juge-t-il.

Encore 10% de sacs noirs

Ce tourisme interne n'est qu'une partie du problème. Hier, parmi les sacs posés en dehors des conteneurs, bon nombre étaient des anciens sacs noirs. "On estime que 10% de sacs, y compris dans les conteneurs, sont des sacs non taxés."

Le chef de la Sécurité publique Pierre-André Monnard met en garde: "Nous avons annoncé que nous ne mettrions pas d'amende jusqu'à l'été. Mais ça, ça vaut pour la première fois où l'on se fait attraper. En cas de récidive, la dénonciation part au Ministère public."

Et il n'y a, déjà, pas de quartier pour les incivilités manifestes. Que faisaient, hier, les chaises de bureau abandonnées à Numaga? "Leur place est à la déchetterie intercommunale", rappelle Joseph Mucaria. Mais sur les chaises, aucun nom. Pas vu, pas pris! Et dire que la voirie assure le ramassage gratuit à domicile de ce type de déchets... De même, de nombreux cartons - à confier au ramassage tous les deux mois ou à amener à la déchetterie - ou plus incompréhensible, deux sacs pleins à craquer de bouteilles en PET, qui peuvent être remises gratuitement aux deux grandes surfaces toutes proches.

La Ville prend le taureau par les cornes. Car tous les frais engendrés par les incivilités entrent dans le calcul de la taxe de base. Qui augmentera à coup sûr si 10% des gens refusent de jouer le jeu. L'opération d'hier n'est que la pointe de l'iceberg. Dès maintenant, un dispositif de surveillance est mis en place. De jour comme de nuit, avis aux déposeurs du crépuscule! Avis aussi aux clampins qui se débarrassent incognito de leurs déchets ménagers dans les poubelles publiques: elles aussi seront surveillées.

A ce jour, 248 avertissements ont été notifiés et 50 personnes ont été dénoncées au Ministère public.

Questions sur les déchets?

Internet: www.letri.ch

Numéro de tél. gratuit:             0800 967 600      ; Débarras gratuit à domicile: tél.             032 967 64 35      , jusqu'à 16h la veille.

LE CONTEXTE

Questions déchets, à La Chaux-de-Fonds, certains ne jouent pas le jeu. Chaque lundi, la voirie doit débarrasser à ses frais des tonnes de déchets abandonnés - cartons, meubles, appareils, ferraille, etc... - autour ou sur les conteneurs enterrés des écopoints. Hier, voirie et sécurité publique ont uni leurs forces pour une opération de dépistage. Reportage.

Par LEO BYSAETH (TEXTE) DAVID MARCHON (PHOTOS)

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