Entente sous l'arbre à palabres
04.04.2012 - Montagnes neuchâteloises
LA CHAUX-DE-FONDS
Les abattages en ville vont être examinés par l'exécutif.
Ce n'est pas sous les marronniers de l'esplanade du Grand Temple, mais plus prosaïquement dans les locaux de l'administration communale chaux-de-fonnière que les autorités ont rencontré hier matin, comme promis, les défenseurs des grands arbres.
"La discussion s'est passée dans un climat constructif", estime Nathalie Tissot, forte des près de 1000 signatures récoltées l'automne dernier. Les signataires entendaient lutter pour "la sauvegarde des grands arbres sains en ville de La Chaux-de-Fonds" et "contre le remplacement systématique des allées".
Depuis, d'autres abattages ont eu lieu, notamment entre les terrains de sport des Mélèzes et derrière le lycée. Dans ce dernier cas, le grand foyard qui a passé à la tronçonneuse était dans un état qui ne permet pas de contester la nécessité du sacrifice. L'allée de peupliers de la Charrière ne fait, semble-t-il, pas controverse. En revanche, les marronniers de l'esplanade du Grand Temple n'ont dû leur survie provisoire qu'à un sursaut citoyen de dernière minute (notre édition du 26 mars). La discussion d'hier, à laquelle assistait, dans le camp des pétitionnaires, l'ancien président de la Ville Charles Augsburger, a permis de définir un nouveau modus vivendi entre ceux qui s'émeuvent de voir disparaître de vénérables plantes et ceux qui ont en charge la gestion de ce patrimoine. " Nous sommes convenus de prendre un nouveau rendez-vous pour examiner ces arbres", indique Nathalie Tissot. " Et nous pourrons venir avec un expert externe." Ce dernier point, surtout, est capital. Car dans le camp des défenseurs des grands et vieux arbres, d'aucuns sont convaincus que la volonté d'abattage précède parfois la déclaration de maladie qui justifie le passage à la tronçonneuse.
Dès lors, l'avis d'un expert indépendant ne semble pas de trop. Car, comme l'explique Klaus Woodtli, un grand spécialiste que nous avons contacté hier, "c'est pas très facile de voir si un arbre est malade" . Cet architecte-paysagiste, expert en arbres, travaille actuellement à l'élaboration du cadastre des arbres à Soleure et à Olten. "Nous estimons la vitalité de l'arbre, en observant la pousse annuelle et la couleur des feuilles, nous observons la couronne pour estimer le danger de casse, et nous procédons à des sondages à la perceuse pour savoir si la paroi est en bon état."
Les signataires de la pétition entendent aussi mettre fin au remplacement en bloc des allées. Là dessus, le conseiller communal Jean-Charles Legrix, qui accueillait les pétitionnaires en compagnie de son collègue Pierre-André Monnard, se montre ouvert... et dubitatif. "Pour les allées, il y a deux approches, toutes deux défendables: soit on recherche des allées uniformes, et là il faut couper et remplacer le tout; soit on remplace progressivement les arbres malades et on obtient une allée disparate."
Klaus Woodtli n'est pas loin de dire la même chose: "Dans une allée uniforme, comme celle de l'avenue Léopold-Robert, par exemple, remplacer les arbres un par un ferait perdre le caractère architectural de cet élément." Il donne aussi l'exemple du célèbre Rosengarten, à Berne. "La moitié des arbres étaient malades, tous ont été abattus. Il y a eu des remous, mais maintenant, dix ans après, nous avons quelque chose de beau." Un (bon) exemple inverse: les allées aux sorties de Berne, composées d'arbres d'essences et d'âges divers. "Cela fait des centaines d'années que ces allées sont entretenues ainsi." En résumé, il s'agit de prendre des décisions en connaissance de cause et en relation avec l'histoire, et pas seulement de défendre tous les vieux arbres sans discrimination.
Il met aussi l'accent sur un fait parfois méconnu: "La durée moyenne de vie d'un arbre urbain est d'environ 50 ans. Et la mondialisation amène chaque année de nouvelles maladies ou parasites." En ville, les arbres centenaires sont donc des exceptions.
Jean-Charles Legrix reconnaît que la Ville "peut s'améliorer sur la communication" dans ce domaine. Il dit aimer lui-même les arbres et comprendre l' "attachement affectif" des habitants pour certains d'entre eux. "Mais on ne peut pas satisfaire tout le monde. L'abattage de l'allée de la rue des Mélèzes a été critiqué, mais d'autres personnes nous ont dit que c'était super."
Le Conseil communal a demandé que les abattages d'arbres - et pas seulement les allées - passent désormais devant le Conseil communal pour approbation. De quoi éviter à l'avenir les situations où le voisinage est "averti le vendredi d'un abattage pour le lundi suivant", comme celle qu'a vécue une habitante des environs du Grand Temple.
Par LEO BYSAETH